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Un hiver qui se termine trop vite

Un hiver qui se termine trop vite

Les péripéties de la vaillante livreuse Flavie trouvent malheureusement déjà leur fin.

Bande dessinée

Les péripéties de la vaillante livreuse Flavie trouvent malheureusement déjà leur fin.

Avec ce troisième tome, l’autrice Cab conclut sa très appréciée série Hiver nucléaire, récit de science-fiction dont l’action se déroule dans un Montréal radioactif et plutôt frisquet. Avec humour et originalité, les albums mettent en scène plusieurs lieux et symboles emblématiques de la métropole, notamment les bagels Fairmount, l’UQAM ou encore des quartiers reconnaissables, par exemple le Plateau, Hochelaga et Parc-Ex. Utilisés à bon escient et avec un juste dosage, ces différents clins d’œil à la vie montréalaise, relevés de science-fiction, forment un univers référentiel engageant, qui rejoint un large public, notamment de jeunes adultes. Les lecteurs et lectrices anglophones sont aussi conquis·es grâce aux éditions BOOM! Studios qui assurent la publication de la série en anglais.

Je dois le dire, je considère que l’une des principales forces d’Hiver nucléaire, c’est que cette bande dessinée parvient à divertir son lectorat sans pour autant consentir à représenter les stéréotypes (souvent genrés) que l’on peut retrouver dans certaines littératures de genre, que Cab convoque, et dans la BD consacrée. En effet, la série a su esquiver de nombreux lieux communs, en particulier dans le développement des relations entre les personnages, et ne verse ni dans la visée pédagogique ni dans le purement humoristique. On se retrouve en fait avec une lecture qui se veut divertissante et réconfortante. Cab a cultivé dans son écriture une grande facilité d’approche vis-à-vis de son public, tout en refusant les raccourcis aisés dans la construction de ses bandes dessinées.

Hiver nucléaire prouve par son efficacité qu’on n’a pas néces-sairement besoin de tout réinventer pour plaire et intégrer de la nouveauté. L’originalité de la série se retrouve dans des détails, dans le travail bien fait de l’autrice, qui se positionne à la fois dans le sillage du comic américain et dans celui d’une bande dessinée typiquement québécoise. Cab nous offre ainsi une lecture indéniablement égayante et intelligemment originale.

Un univers chaleureux malgré la basse température

Le troisième tome d’Hiver nucléaire boucle les intrigues développées précédemment dans la série. Flavie, héroïne à la fois attachante et bougonneuse, se démarque par sa débrouillardise impétueuse qui se renouvelle à chacun des tomes. Chauffeuse expérimentée de motoneige, Flavie arpente les rues de Montréal pour effectuer des livraisons de toutes sortes, dont celles des fameux bagels au sirop pour la toux et, si on la perçoit d’abord comme un loup solitaire introverti, on découvre bien vite la richesse de ce personnage téméraire dont la construction défie plusieurs carcans.

Dans ce dernier tome, Flavie rejoint un groupe de jeunes chercheurs et chercheuses de l’UQAM dans leurs expéditions en zone radioactive et prouve par ses compétences techniques et sa connaissance empirique du territoire montréalais qu’elle est essentielle à la réussite de leur entreprise. Ce projet, qui l’emballe, la pousse à se dépasser et à revoir ses priorités. Ainsi se termine une idylle avec Marco, homme parfait de prime abord, qui fait maintenant pâle figure en comparaison d’Alex, un scientifique réellement soucieux du bien-être de Flavie. De fait, les différents personnages secondaires qui s’ajoutent, au fur et à mesure de l’avancement de la série, assurent en grande partie l’évolution des intrigues, en ne demeurant pas figés dans leur rôle et en ne répondant pas aux attentes que l’on peut généralement entretenir à leur égard.

Encore!

Malgré tout le bien que je pense de la série, j’aurais aimé que certaines situations soient davantage développées, et que l’origine et les conséquences de la radioactivité de Montréal (qui d’ailleurs affecte Flavie) soient mieux campées dans le développement de l’intrigue. À certains moments, on peut avoir l’impression que les évènements avancent un brin rapidement, ou que les raisons pour lesquelles ces péripéties surviennent sont floues, ce que je peux mettre sur le compte de la concision d’Hiver nucléaire. Ces différents aspects auraient en effet pu se ficeler un peu plus tard dans la série; n’est-ce pas d’ailleurs un des avantages de l’écriture sérielle, que de pouvoir disperser ces explications? Les raisons pour lesquelles la série se décline en trois tomes seulement ne me semblent pas se justifier complètement sur le plan du scénario.

M’enfin. Je me doute bien que de nouveaux projets d’écriture doivent titiller Cab, et je vais attendre avec impatience son prochain album. Et puis, est-ce vraiment une critique quand ma principale réserve sur la série est qu’elle n’ait pas duré assez longtemps?

On va se le dire, donner un caractère invitant à un hiver nucléaire, ce n’est pas rien.

En tout cas, c’est réussi avec Cab. ♦

Auteur·e·s
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Auteur
Cab
Montréal, Front Froid
2018, 100 p., 20.95 $