Premières impressions | Meilleures publications
L’Intercollégial des publications littéraires et artistiques, Premières impressions, est un évènement créé par le Cégep de Saint-Jérôme qui invite les comités de publications littéraires ou artistiques de tous les établissements de niveau collégial du Québec à une fin de semaine où leur sont proposées nombre d’activités qui visent à partager les pratiques d’édition, célébrer la création et mettre en valeur les publications étudiantes. La sixième édition de cet événement a eu lieu lors de la fin de semaine du 24 au 26 avril 2026. Seize cégeps, venus d’aussi loin que la Beauce, Jonquière ou Sherbrooke, étaient présents. Nicholas Giguère (corédacteur en chef) et Alexandre Vanasse (éditeur et directeur artistique), étaient sur place pour piloter la conception d’une revue et pour remettre un prix aux meilleurs textes étudiants. Le jury, constitué de Nicholas Giguère, Alexandre Vanasse, Lula Carballo et Gamine Gagnon ont notamment sélectionné le meilleur texte en prose et le meilleur texte de poésie.

Meilleur texte en prose
Traumavertissement : ce texte aborde de façon explicite la question du suicide.
RÉVEILLE-TOI | Loriane Laroche | Cégep de Saint-Jérôme
Il s’est coupé les veines.
Il s’est coupé les veines, crisse !
Devant moi, sous mes yeux !
J’ai vu son sang sortir de son poignet, un jet sous pression, j’ai vu ses convulsions,
j’ai vu le vomi et entendu ses cris.
Dans tout mon corps, il y avait de la panique. Je ne savais pas quoi faire ni comment réagir.
J’ai essayé de crier
rien n’est sorti de ma gorge.
Rien d’autre que de faibles gémissements de proie prise au piège.
La sueur s’accumule rapidement sur mon corps, un sentiment dégoûtant sur ma peau
jusqu’à mon âme. Quand la prise de conscience commence à couler dans mes veines,
j’essaie de courir, de fuir, de disparaître…
Mais je glisse sur ce sang, sur le sang de mon père. Des mains s’agrippent à mon dos,
m’empoignent violemment. Je suis prisonnière de cette scène. Je sais déjà que je vais la
revoir encore et encore, les yeux fermés ou bien ouverts, la scène de mon père gisant sur
le carrelage.
Je suis incapable de respirer.
Il est là, devant moi,
mais je ne peux rien faire.
Des pleurs,
des pleurs,
des pleurs sans fin.
Certains sanglots sont silencieux, d’autres sont déchirants.
Et puis je vomis,
je vomis,
je vomis tous mes organes vitaux.
J’ai voulu mourir sur ce sol.
Des gens sont là. Ils se rassemblent autour de son corps, ils espèrent l’aider.
Moi, je me fais petite.
Personne ne me regarde,
personne ne me parle.
Maman…
Ma maman est à son travail.
Comment je vais lui dire ?
Non, crisse, non, je peux pas.
La police va lui apprendre entre deux condoléances, mais non, je ne peux pas être celle qui
lui dit que son mari est parti.
Je peux pas.
Papa.
Papa, réveille-toi.
Je ne peux pas te laisser partir,
est-ce que tu m’aimes?
Papa, est-ce que…
…
Seule.
L’ambulance est partie avec son corps, je suis toute seule. Bloquée dans le néant,
rivée au sol où il se retrouvait plus tôt.
Je ne peux que fermer les yeux et m’accrocher,
m’accrocher,
m’accrocher à la belle vie qu’on partageait hier.
J’ai
peur.

Meilleur texte poétique
DÉSHABILLER LES OS | Marie-Laurence Germain | Cégep du Vieux Montréal
J’accroche ma langue à mon trousseau de clés,
lance mes tympans dans un pot de change.
Je retire mes vêtements à la hâte, leurs coutures éclatent,
j’en ferai mon nouveau tapis d’entrée.
Dans le miroir, mes dents se déracinent,
carillonnent sur la céramique.
Je les récupère, me bricole un collier.
Je m’étouffe sur une canine, elle fissure mon œsophage,
se loge entre mes reins.
Mes doigts parcourent mon crâne,
le libère de ses cheveux par poignées.
Je les ajoute à la bourrure de mon oreiller.
Mes ongles fendent et s’effritent,
des éclairs me traversent jusqu’aux coudes.
Ma peau fond sous l’eau de la douche, bouche le drain.
Mes tendons rétrécissent en petits boudins,
je les ferai sécher, les offrirai aux oiseaux.
Mariée cadavérique, je descends l’escalier,
un voile de gras derrière moi.
Au salon, mes muscles s’incrustent dans les fibres du divan.
Le vent est flamme sur mon corps démantelé.
Vers la cuisine, je lance un ligament à mon chien,
en utilise un autre pour fermer un sac de pain.
Je me concocte une nouvelle peau,
la passe au rouleau à pâte et lui creuse un nombril.
Je fais mariner mes organes sur le feu,
hume la fragrance de ma journée.
Je remplis mes poumons de compost puis les pose
près de la porte.
Pour m’endormir, je joue de la harpe sur mes veines
jusqu’à ce que la dernière éclate.
Une galaxie se dessine sur les murs de ma chambre.
Je dépose mes yeux sur la table de nuit,
les trouverai à tâtons sous la chaleur du soleil levant.
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