Écrire pour la disparition ?
Décidément, l’écriture du deuil est entrée en force dans la production poétique des dernières années, depuis Les heures de Fernand Ouellette, en passant par Tombeau de Lou de Denise Desautels et plus récemment Ce qui nous abandonne de François Charron. Et chaque fois, les poètes ont dû faire face à la difficile gageure de parler de soi, de leurs liens avec les grandes figures paternelles ou maternelles tout en restant poètes, sans sacrifier la langue du poème. Voici que l’écriture de Roger Des Roches se consacre à la remémoration de la mort de sa mère. Comme chez Charron, Des Roches laisse dans l’ombre la part du biographique, des écritures du moi et des confidences funéraires. Seule l’occupe une question qui se résumerait à ceci : quoi faire avec ça, la mort de sa mère, comment le dire sans cesser d’être dans la langue ? Les 24 sections qui forment cette recherche haletante du comment dire apparaissent comme des collages de paroles, dites à soi-même, où le relais des dialogues à l’infini permet le détachement de l’événement pour favoriser le choc de la mort dans le poème. Des Roches parle à une étrangère en étranger et c’est dans cette perdition des repères que fils et mère se retrouvent :
Elle a dit mais je dis :
“Je suis devenu rogerjaitoujourspeur.
Ne regarde pas dans mes yeux.
Regarde dans un livre
qui est perdre qui est ma tête qui est moi. Brisée, brisé”. (p. 19)
Biffées les marques du cœur, mis au rancart les aveux, niés les liens du sang. Dans des suites de poèmes au rythme coupé, écrites à partir de lambeaux de paroles (« et je me taille aussitôt des morceaux de langue », lit-on, p. 20), Dixjuilletdeuxmillequatre est un long poème qui agglutine plus qu’il n’unit ce qui a été séparé. Le texte multiplie les mots formés, comme le titre, d’une seule pâte (« Lorsqu’elle pleurait jesuismort », p. 21). D’où vient que le refus du pathos rend plus poignante encore cette expérience d’écriture, je ne saurais le dire. Mais chaque fois que le poème vient à toucher du doigt les mots mort, mère, fils, il nous restitue, au sens corporel du terme, la vérité ingrate du poème : « J’avais besoin de sa mort prochaine. / J’avais j’étais honte et amour. » (p. 41)
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Roger Des Roches, Dixhuitjuilletdeuxmillequatre, Montréal, Les Herbes rouges, 2008, 56 p., 12,95 $.