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L'été québécois à lire

Ils parlent d'amour, beaucoup. Ils nous emmènent loin de Montréal, souvent. Ils nous déroutent, nous portent à la réflexion, parfois. Ils peuvent aussi nous donner froid dans le dos, comme une frayeur, soudain, dans la noirceur. Ces romans sont parus depuis le début de l'année, chez nous. Lesquels feront partie de votre été ?

L'amour, encore et toujours

Pour qui aime quand ça fesse : Charlotte before Christ (Boréal), d'Alexandre Soublière. C'est le roman le plus surprenant de la cuvée 2012 jusqu'ici. Le premier roman d'un Montréalais de 26 ans.

C'est cru, provocant. Cynique, désespéré. La langue utilisée, à elle seule, frappe fort : sorte de franglais tapissé d'expressions propres aux textos, elle donne souvent dans l'outrancier, la vulgarité.

C'est une histoire d'amour, malgré tout. Entre deux jeunes dans la vingtaine. Lui : fils à papa friqué, brillant, ambitieux. Elle : fille démunie, poquée, toquée.

Ensemble ils bafouent toutes les règles, volent, squattent, se droguent, se prennent pour le nombril du monde. Ils s'aiment d'un amour fou, intense, violent. Se promettent de s'aimer toujours. Mais ça ne va pas, ne peut pas durer...

Pour qui en est revenu, de l'amour absolu : Les cascadeurs de l'amour n'ont pas droit au doublage, de Martine Delvaux (Héliotrope). Sur le même thème que Charlotte before Christ, celui de la passion destructrice, mais dans un tout autre style, plus littéraire, lyrique.

Une femme écrit à l'homme qu'elle a aimé. Elle écrit comme on crie. Pour se vider le coeur, les tripes. Pour dire à quel point elle s'est sentie trahie. Elle a été bernée, oui. Par lui, cet homme devenu un monstre, qu'elle a aimé comme jamais auparavant elle n'avait aimé. Bernée par l'amour même ?

Pour les cocu(e)s de ce monde : Tsukushi (Leméac/Actes Sud), d'Aki Shimazaki. C'est aussi une femme flouée qui s'exprime ici. Mais flouée au sens premier du terme : son mari la trompe. Depuis des années. Avec un homme.

Tout semblait si beau, si paisible, pourtant, au sein de ce couple japonais qui vivait dans l'opulence, le respect. Quand les masques tombent, le château s'écroule. Et l'auteure, sans en faire trop, minimaliste comme toujours, trouve cruellement les mots qu'il faut.

Pour qui est sensible à l'attraction des corps : Une femme comblée (éditions Prise de parole) de Brigitte Haentjens. Où l'auteure aborde la passion du point de vue d'une femme vieillissante qui jette son dévolu sur un jeune homme. Mais malgré elle, contre sa volonté.

C'est plus fort qu'elle. Elle le désire, elle en rêve. Elle est obsédée par lui, jour et nuit. Va-t-elle succomber ? Le trouble de cette femme nous est rendu avec justesse, avec nuance et émotion dans ce récit poétique.

Pour changer de registre : Martine à la plage (La Mèche) de Simon Boulerice. Il y est question de drame amoureux, mais sur un mode léger. On a l'impression de folâtrer dans une histoire de bande dessinée. Au début, du moins.

On est dans le délire d'une ado éprise de son voisin, un homme marié, père de famille. On est dans une histoire d'amour à sens unique qui va dégénérer. C'est sucré, coloré, imagé. Mais tragique, finalement.

Pour les amateurs de best-sellers : Lit double (Libre Expression), de Janette Bertrand. Des histoires de couples, à tiroirs multiples, qui s'entrecroisent. Un roman grand public qui se dévore.

Sortie de la ville

Pour la beauté des paysages et de l'écriture : Rose brouillard, le film (La peuplade) de Jean-François Caron. Nous sommes loin de tout. Dans un petit village, au bord du fleuve. Puis au coeur d'une île balayée par le vent, désertée de ses quelques habitants.

Nous sommes dans le passé, le présent, mêlés. Nous sommes dans l'enfance et la vieillesse. Dans la solitude, la sauvagerie. Et dans l'amour, le désir. Nous sommes dans un roman riche, habité, fignolé.

Pour qui a envie de tout larguer : Sur la 132 (Héliotrope), de Gabriel Anctil. Il a 30 ans, une blonde d'enfer, il habite sur le Plateau, gagne (très bien) sa vie en publicité. Du jour au lendemain, il plaque tout. Pour se retrouver seul, se retrouver lui, à 500 kilomètres de la ville. C'est le point de départ de ce premier roman plein de contrastes, qui révèle une plume un peu trop expansive, mais inventive.

Pour se faire raconter des histoires : Arvida (Le Quartanier) de Samuel Archibald. Ce livre, première oeuvre de fiction de l'auteur né en 1978 à Arvida, est paru l'automne dernier, en fait. Mais il a remporté récemment le Prix des libraires du Québec 2012.

À propos d'Arvida, mon collègue Christian Desmeules écrivait peu après sa publication, dans ces pages : " La quinzaine d'histoires " épouvantables et drôles " de Samuel Archibald forment un chapelet d'instants perdus reliés par le talent du conteur et par l'esprit du lieu. " Il ajoutait : " Un livre de souvenir et d'invention au style parfois joualisant, parfois plus classique, mais toujours vibrant d'une belle densité et d'une maîtrise absolument prometteuse. "

Pour l'amour de la littérature : Il pleuvait des oiseaux (XYZ), de Jocelyne Saucier. Un roman paru l'an dernier, encore là. Mais qui a été récompensé ce printemps par le Prix littéraire des collégiens de même que par le Prix des lecteurs de Radio-Canada.

Pour ce livre qui nous transporte en pleine forêt, en dehors du monde, mais au coeur de l'humanité, l'auteure s'était aussi vu attribuer le Prix des cinq continents de la Francophonie 2011. Et ce n'est pas tout : elle est finaliste pour le Prix littéraire France-Québec 2012, qui sera remis l'automne prochain.

Vous n'avez pas encore lu Il pleuvait des oiseaux ? En voici un extrait, c'est le tout début, ce pourrait être un résumé de l'ouvrage : " Où il sera question de grands disparus, d'un pacte de mort qui donne son sel à la vie, du puissant appel de la forêt et de l'amour, qui donne aussi son prix à la vie. L'histoire est peu probable, mais puisqu'il y a eu des témoins, il ne faut pas refuser d'y croire. On se priverait de ces ailleurs improbables qui donnent asile à des êtres uniques. "

Suite et fin de mes suggestions la semaine prochaine...

Danielle Laurin, Le Devoir

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