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Le numéro 143, automne 2011 en kiosque dès maintenant !

Célyne Fortin en vedette

Je sais qui je suis. Je suis Célyne Fortin, mais, depuis ma prime enfance, je n’arrive pas à m’accepter « tout entière ». Je suis deux, celle « qui est » et celle « qui doit devenir ». Toutefois, rien ni personne n’arrive à me changer. S’il y a changement, il viendra nécessairement de l’intérieur.

– Célyne Fortin, « En guise d’autoportrait »

DOSSIER 

L’édition et la littérature franco-ontariennes

par Jean-François Caron

On n’entend pas souvent parler d’elle. Elle se soigne en silence, elle apprend, devient plus mature. La voilà déjà grande, belle et désirable. C’est vrai qu’on n’entend pas souvent parler d’elle. Et pourtant, la littérature franco-ontarienne mérite qu’on s’y attarde.

Robert Lepage, Marie Michaud et Fred Jourdain, 

Le dragon bleu (Alto/Ex Machina)

par François Cloutier

Cet album est une œuvre d’art en soi. Nous avons affaire ici à un livre exceptionnel où la rencontre de créateurs hors du commun a donné naissance à un ouvrage disparate, fascinant et envoûtant. Le récit proposé nous séduit d’emblée et la vie des personnages qui se déroule devant nous nous captive.

Jean-Simon DesRochers, 

Le sablier des solitudes (Les Herbes rouges)

Par Hugues Corriveau

Je le dirai tout net. Je crois ce livre remarquable à plus d’un titre, ne serait-ce que par sa force d’attraction, la réussite indiscutable de ses descriptions, la pertinence de ses personnages qui donnent de la société québécoise une image incisive.

Lettres québécoises 

Le plaisir de lire pour mieux lire

Lisez gratuitement l’éditorial ici

Laissés pour compte. Encore !

Rien à faire, je ne décolère pas depuis l’annonce des coupes budgétaires exercées par Patrimoine canadien à l’endroit des revues culturelles. À mes yeux, il y a une forme d’injustice que j’arrive mal à digérer.

par André Vanasse

Je l’ai écrit dans mon éditorial du numéro 139 : « Que Patrimoine canadien invoque le soutien du Conseil des Arts pour justifier son pas de côté est tout à fait spécieux. Les éditeurs littéraires ne reçoivent-ils pas des subventions de la part de Patrimoine canadien comme du Conseil des Arts du Canada ? Alors, pourquoi y aurait-il deux poids, deux mesures ? »

Bien sûr, Patrimoine canadien a fixé des balises en dessous desquelles les éditeurs littéraires ne pouvaient faire le saut dans leur cour des grands. Elles ont été cependant suffisamment souples pour permettre à la majorité, dans une proportion de 75 %, d’être admis dans le giron des bénéficiaires.

Ce pourcentage aurait pu être sensiblement le même pour les revues culturelles, ce qui aurait fait en sorte que la majorité d’entre elles aurait pu être soutenue par Patrimoine canadien. De cette façon, nous n’éprouverions pas le sentiment que nous sommes victimes d’une mécanique qui vise à nous broyer, car, on le sait, 75 % de toutes les revues membres de la Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP) ont été recalées.

Planifiées, ces coupes ?

Ceux qui croient que ces coupes sont le fruit du hasard se trompent. Patrimoine canadien sait très bien ce qu’il fait. Ce choix était éclairé et prémédité. Nous ne sommes plus à l’ère des machines à écrire et des bouliers chinois ! Avant même d’édicter ses exigences, Patrimoine canadien pouvait prédire avec exactitude combien passeraient et combien échoueraient. L’organisme savait aussi que l’économie d’échelle serait plutôt maigre (800 000 $). Qu’on ait de plus laissé croire que la gestion de 44 petites revues culturelles était un poids administratif tient là aussi de la mauvaise foi : l’informatique est un outil d’une efficacité redoutable. Qu’est-ce que de traiter 44 petits dossiers informatisés quand ce même gouvernement peut arriver à faire parvenir à la population canadienne entière un « Avis de cotisation » précisant à chacun des citoyens du Canada qu’il doit payer un surplus d’impôt ou bénéficier d’un remboursement moins d’un mois après que ce même gouvernement a reçu l’ensemble des déclarations de revenus ?

Il faut vraiment nous prendre pour des demeurés que de nous servir cet argument.

La gifle

Quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai reçu de Magazines du Québec, dont je suis membre, un communiqué qui lançait un hourra de satisfaction à l’annonce que Patrimoine canadien allait injecter 15 millions $ supplémentaires dans la cagnotte destinée aux revues canadiennes. Mes yeux ont fait un tour dans leur orbite : « Quoi, on vient de soutirer aux revues culturelles une part importante de leurs revenus et on continue à augmenter l’assiette des subventions ? Vraiment, c’est une insulte au bon sens. Tant d’argent à distribuer et rien pour les petits, eux qui grugeaient une part insignifiante du montant total consacré aux revues canadiennes et québécoises. » Enquête faite, j’ai compris que ces 15 millions étaient reconduits pour la troisième année consécutive. Il s’agissait des subventions que Patrimoine canadien donnait aux éditeurs (Programme PAP) pour leur permettre d’amortir le coût de la poste qui, et tous s’entendent pour le dire, est vraiment excessif. Il ne s’agit donc pas d’un nouveau montant, mais cela ne m’empêche pas de penser que, de ce montant, on aurait pu en prendre une partie pour soutenir les revues.

Tout se passe comme si les plus riches s’enrichissaient constamment. C’est malheureusement une loi de l’économie mondiale, mais la question n’est pas là et elle s’énonce comme suit : comment expliquer qu’on ait un surplus d’argent à offrir aux éditeurs de revues et qu’on n’en ait plus pour les revues culturelles alors que l’organisme qui distribue cette manne s’appelle PATRIMOINE canadien. Patrimoine, ça veut dire quoi au juste ? Est-ce que par hasard ça inclurait la culture ?

Rayonnement international

Patrimoine canadien connaît-il l’importance symbolique des revues culturelles ? Sait-il quels chemins elles peuvent parfois parcourir et jusqu’où elles peuvent pénétrer ? Je ne veux pas faire une promotion indue de Lettres québécoises alors que cet éditorial concerne l’ensemble des revues culturelles québécoises, mais je ne peux m’empêcher de raconter une anecdote qui en dit long sur la reconnaissance de nos artistes et écrivains dans le monde : au printemps dernier, j’ai reçu la visite du professeur Józef Kwaterko de l’Université de Varsovie, grand spécialiste de la littérature québécoise, particulièrement en Europe de l’Est où il est le doyen des études québécoises. Or, au cours de nos conversations, il m’apprend une chose inouïe : quand il est allé à l’Académie suédoise en 2003, il a été reçu par le bibliothécaire en chef qui lui a fait visiter la salle de lecture où siègent chaque jeudi les académiciens qui attribuent le prix Nobel en littérature. Le professeur Kwaterko a eu la surprise de sa vie en découvrant que, sur les étagères du mur à l’arrière de cette table, parmi les centaines de revues posées de face, se trouvait le plus récent numéro du magazine Lettres québécoises (numéro 110 ; en vedette Christiane Duchesne). Ce dernier a été si impressionné qu’il a demandé au bibliothécaire de le photographier tenant Lettres québécoises dans ses mains.

J’entends une voix d’un membre de Patrimoine canadien me demander : « Et qu’est-ce que cela vous a rapporté ? » Et moi de répondre du tac au tac : « Absolument rien, sinon l’immense fierté de savoir que la littérature québécoise avait sa place à l’Académie suédoise, mais pas à Patrimoine canadien ! »

Et c’est soudain ma voix qui s’adresse à Patrimoine canadien : « Ne croyez-vous pas que vous avez trahi la mission première de Patrimoine canadien qui était la préservation de notre patrimoine national pour ne considérer que les réussites financières ? »

Pour toute réponse, un grand silence…

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