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Journaliste de guerre. Pourquoi ?

par Yvon Paré

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Danielle Laurin, Promets-moi que tu reviendras vivant,

Montréal, Libre Expression, 2010, 200 p., 24,95 $.

 

Danielle Laurin, dans Promets-moi que tu reviendras vivant, tente de cerner ces journalistes qui « couvrent les conflits » un peu partout dans le monde.

Tous les jours, l’actualité nous offre des images de ces affrontements qui secouent la planète. Des scènes percutantes ou encore des reportages qui saisissent. Il y a eu la Bosnie, l’Irak, le Rwanda et maintenant l’Afghanistan, l’Égypte et la Tunisie. Les massacres et les affrontements jalonnent l’histoire de l’humanité.

Quelques journalistes emboîtent le pas aux soldats, tentent de montrer ce que vivent les populations dans ces pays en guerre. Pour un reportage de quelques minutes, une poignée d’images, ils mettent leur vie en danger. Plusieurs sont blessés, d’autres, tués. Certains sont capturés et détenus en otage pendant des semaines.

Nous oublions souvent que ces hommes et ces femmes ont des conjoints et des enfants. Ils abandonnent tout pour chasser les nouvelles qui feront les manchettes une journée ou deux. Le spectateur un peu gavé, indifférent, regarde le tout sans s’émouvoir. Mais qu’en est-il de ceux qui restent au pays et qui surveillent les bulletins d’information en se mordant les lèvres.

Je suis pleine de questions, pleine de doutes. Pleine de rage. J’ai envie de me jeter sur toi, de te rouer de coups, de te mordre jusqu’au sang. J’ai envie de pleurer, envie que tu me prennes dans tes bras. Je voudrais te caresser la joue. Tout ça en même temps. (p. 10)

Danielle Laurin vit avec l’un de ces détrousseurs de guerre qui risquent leur vie pour informer. Elle tente de comprendre ce qui l’excite dans ce métier, pourquoi il est prêt à tout pour être là où la mort marque chaque seconde.

Rencontres

Elle a questionné Florence Aubenas, Roger Auque, François Bugingo, Michel Cormier, Sara Daniel, Pierre Foglia, Céline Galipeau, Anne Nivat et bien d’autres. Des noms connus de ceux qui suivent l’actualité. Ils sont quasi des familiers.

Ils ont vu des massacres, des bombardements et des corps mutilés. Pourtant, s’ils peuvent décrire les manœuvres des militaires sur le terrain, ils demeurent silencieux avec leurs proches, refoulant leurs émotions et leurs peurs. Ils deviennent peu à peu un inconnu pour l’épouse et les enfants.

C’est insensé ce que je fais là. Et je le fais pourtant. Je cherche qui tu es, qui est l’étranger qui partage ma vie, à travers ces reporters qui risquent leur vie dans la guerre. (p. 37)

Pourquoi mettre sa vie en danger ? Pour être là où ça se passe, témoigner, changer les choses… Certains militent, d’autres se contentent d’être un regard malgré la mort qui frappe partout.

Changer le monde, venir à bout de la violence, mettre fin à la guerre, ce n’est pas le rôle des travailleurs humanitaires. Pas plus que ce n’est le rôle des journalistes qui, d’ailleurs, sont là pour témoigner, raconter ce qu’ils voient.

Danielle Laurin cerne ces kamikazes sans pour autant réussir à apaiser ses peurs et ses colères. Ces journalistes vont là où la vie et la mort se tiennent par la main. Ils reviennent perturbés, incapables souvent de s’adapter à un monde qu’ils trouvent futile. Tout comme les militaires qui vivent difficilement leur retour après une mission de combat.

Un récit touchant, juste et tellement senti. Un témoignage exceptionnel.

No 142, été 2011
Photo: Sarah Scott

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